La tâche 3 de l'expression écrite du TCF Canada est celle où les copies se dispersent le plus. Deux documents à lire, un avis à donner, 150 à 180 mots pour le faire : beaucoup de candidats résument trop, argumentent trop peu, ou empilent des idées sans jamais dire clairement ce qu'ils pensent.
Cet article se concentre sur le travail qui se fait avant la rédaction : lire la consigne, extraire l'essentiel des deux documents, choisir une position et sélectionner deux ou trois arguments. Le gabarit de rédaction complet, avec la même production aux niveaux B2, C1 et C2, est déjà détaillé dans passer de B2 à C1 en expression écrite. Les deux articles se complètent.
1. Ce que la consigne attend vraiment
La consigne fournit deux documents courts qui présentent des points de vue sur un même thème. Votre texte de 150 à 180 mots doit accomplir deux mouvements, dans cet ordre :
- 1Restituer les deux points de vue, avec vos mots, en montrant ce qui les rapproche ou les oppose.
- 2Donner votre propre opinion, clairement annoncée et soutenue par des arguments.
Trois lectures erronées de la consigne reviennent sans cesse :
- Le résumé sans avis. Le texte présente fidèlement les deux documents et s'arrête là. La moitié de la tâche manque.
- L'avis sans les documents. Le candidat donne son opinion sur le thème comme s'il n'avait rien lu. Les documents font partie de la consigne.
- Un seul document traité. Le second est oublié ou expédié en quelques mots. Les deux comptent.
La place de la tâche 3 dans l'épreuve, et ce qui la distingue des deux premières, est présentée dans expression écrite TCF Canada : les 3 tâches expliquées.
2. Extraire l'essentiel des deux documents
Vous n'avez pas besoin de tout comprendre dans le détail, ni de tout reprendre. Pour chaque document, cherchez seulement deux choses, et notez-les au brouillon en quelques mots :
| À repérer | Question à se poser | Ce que vous notez |
|---|---|---|
| La thèse | L'auteur est-il plutôt pour, plutôt contre, ou nuancé ? | Une phrase courte, avec vos mots |
| L'argument principal | Sur quelle raison s'appuie-t-il avant tout ? | Un ou deux mots-clés |
| Le lien entre les deux | Les documents s'opposent-ils, se complètent-ils, partagent-ils un constat ? | Le point commun ou le point de rupture |
Cette dernière ligne est la plus utile : c'est elle qui transforme deux résumés juxtaposés en une vraie mise en relation, ce qu'attend la consigne.
3. Choisir et annoncer une position
C'est l'étape que beaucoup de candidats sautent, et c'est elle qui évite la dispersion. Avant d'écrire la moindre phrase d'argumentation, décidez ce que vous défendez, en une ligne.
- Choisissez la position que vous saurez le mieux défendre, pas forcément votre conviction intime. Le correcteur évalue la qualité de l'argumentation, pas vos opinions.
- Une position nuancée est permise, à condition d'être nette : « oui, à condition que… », « plutôt contre, sauf dans le cas de… ».
- Annoncez-la dès la première phrase de votre partie personnelle, pas à la fin. Le lecteur doit savoir immédiatement où vous allez.
Position floue
« Les deux documents ont des arguments intéressants et chacun a un peu raison. »
Position nette
« Pour ma part, je suis favorable à cette mesure, à condition qu'elle reste partielle. »
La première formulation n'engage à rien, et c'est justement ce qui lui est reproché. La seconde reconnaît une limite tout en choisissant clairement.
4. Deux ou trois arguments illustrés
En 150 à 180 mots, dont un tiers consacré aux documents, la place est comptée. Deux arguments développés valent mieux que quatre idées énumérées. Chaque argument suit la même mécanique en trois temps :
1. L'idée
Une phrase qui affirme, introduite par un connecteur : d'abord, ensuite, par ailleurs.
2. L'explication
Pourquoi cette idée soutient votre position. C'est l'étape la plus souvent oubliée, et celle qui distingue un argument d'une simple affirmation.
3. L'exemple
Une situation concrète et vraisemblable, qui rend l'argument tangible. Un exemple précis tiré de la vie quotidienne vaut mieux qu'une généralité.
Un troisième temps est possible si la place le permet : une courte nuance, qui reconnaît une limite de votre position sans la renier (certes, il est vrai que). Elle montre que vous avez réellement pris en compte le document opposé.
5. Exemple commenté : de la liste d'idées au texte
Sujet type
Document 1 : le télétravail fait gagner du temps de transport et améliore la concentration des salariés. Document 2 : il isole les salariés et brouille la frontière entre vie professionnelle et vie privée. Vous présentez ces deux points de vue, puis vous donnez votre opinion. (150 à 180 mots)
Étape 1 : la liste d'idées, au brouillon (environ 5 minutes)
Doc 1 : pour. Moins de trajets, plus de concentration.
Doc 2 : contre. Isolement, vie pro / vie perso mélangées.
Lien : les deux disent que le travail change durablement.
Ma position : pour, mais partiel (formule mixte).
Arg 1 : temps gagné. Ex. : 1 h de trajet par jour récupérée.
Arg 2 (réponse au doc 2) : isolement évitable si bureau 1 à 2 jours / semaine.
Nuance : tous les métiers ne s'y prêtent pas.
Tout le texte est déjà là. Remarquez ce que la liste écarte : une troisième et une quatrième idée qui seraient venues naturellement (économies pour l'entreprise, impact sur la ville). Pas de place pour les développer correctement, donc pas de place du tout.
Étape 2 : le texte argumenté
LE TÉLÉTRAVAIL : PROGRÈS OU PIÈGE ?
Le premier document présente le télétravail comme un progrès : il supprime les trajets quotidiens et permet aux salariés de mieux se concentrer. Le second, au contraire, en souligne les risques, notamment l'isolement et la difficulté à séparer vie professionnelle et vie privée. Les deux auteurs s'accordent toutefois sur un point : le travail à distance transforme durablement l'organisation des entreprises.
Pour ma part, je suis favorable au télétravail, à condition qu'il reste partiel. D'abord, il libère un temps précieux : un salarié qui passe une heure par jour dans les transports récupère plusieurs heures chaque semaine pour se reposer ou se former. Ensuite, l'isolement évoqué par le second document n'est pas une fatalité. Lorsque l'équipe se retrouve au bureau un ou deux jours par semaine, les échanges informels et l'esprit d'équipe sont préservés. Certes, tous les métiers ne peuvent pas s'exercer à distance. C'est pourquoi une formule mixte, adaptée à chaque poste, me paraît la solution la plus équilibrée.
- Longueur maîtrisée : environ 160 mots hors titre, dont une soixantaine pour les documents et près d'une centaine pour l'opinion.
- Les deux documents reformulés, reliés par leur point commun, sans phrase recopiée.
- Position annoncée en première phrase de la partie personnelle, nuancée mais nette.
- Le deuxième argument répond au document opposé, au lieu de l'ignorer.
- La nuance mène à la conclusion, qui reprend la position de départ au lieu d'en changer.
Ce texte vise un niveau solide sans chercher l'effet. Pour le faire monter d'un cran (lexique plus précis, connecteurs plus variés, mises en relief), reportez-vous aux versions C1 et C2 de l'article B2 vers C1. Et pour la répartition du temps entre les trois tâches, la méthode de la première est détaillée dans réussir la tâche 1 de l'expression écrite.
Un argumentaire se construit, puis se corrige
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Questions fréquentes
Que demande la tâche 3 ?+
Restituer les points de vue de deux documents sur un même thème, puis exprimer votre propre opinion argumentée, en 150 à 180 mots. Les deux documents doivent être exploités.
Faut-il être d’accord avec l’un des deux documents ?+
Non. Vous pouvez défendre une position intermédiaire, à condition qu'elle soit nette et annoncée clairement. La seule option à éviter est de ne pas choisir.
Combien d’arguments faut-il ?+
Deux arguments développés, chacun avec une explication et un exemple, plus éventuellement une courte nuance. Quatre idées énumérées pèsent moins que deux idées expliquées.
Peut-on recopier des phrases des documents ?+
Mieux vaut l'éviter : reformulez l'idée principale de chaque document avec vos mots. Recopier ne montre pas votre maîtrise de la langue et consomme des mots utiles.
Combien de temps y consacrer ?+
Environ 25 minutes sur les 60 de l'épreuve : quelques minutes pour extraire et choisir sa position, puis la rédaction et la relecture.
